La Baume de Fontbrégoua (Salernes, Var)
Grottes et abris sous rochePaléolithique supérieur - 40 000 / - 9 600
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La Baume de Fontbrégoua (Salernes, Var)

Description

La Baume de Fontbrégoua (Salernes, Var) : dynamiques de néolithisation et comportements sociaux dans un site stratifié du Néolithique méditerranéen

Introduction

Située dans le vallon Saint-Barthélemy à Salernes (Var), la Baume de Fontbrégoua constitue un site majeur pour l’étude de la néolithisation en Provence et en Méditerranée occidentale. Par l’épaisseur de sa stratigraphie, la diversité de ses assemblages archéologiques et la continuité de son occupation, la grotte offre un observatoire privilégié des transformations économiques, sociales et symboliques intervenues entre les dernières sociétés de chasseurs-cueilleurs et les premières communautés agro-pastorales. Depuis les fouilles dirigées par Jean Courtin à partir des années 1960, le site a suscité un intérêt scientifique international, notamment en raison de la richesse de ses niveaux néolithiques et des débats relatifs à l’interprétation de certains restes humains.

Problématique

Dans quelle mesure la Baume de Fontbrégoua permet-elle de comprendre les modalités de la transition néolithique en Méditerranée occidentale, tant du point de vue des transformations économiques que des pratiques sociales et symboliques des premières communautés agro-pastorales ? L’étude du site soulève plusieurs questions fondamentales :

comment s’opère la transition entre économie de prédation et économie de production ?

quelles formes d’organisation sociale et spatiale caractérisent les occupations néolithiques ?

quels comportements rituels ou symboliques peuvent être identifiés dans les assemblages archéologiques ?

dans quelle mesure les données du site reflètent-elles des dynamiques régionales ou locales de néolithisation ?

I. Contexte géographique et cadre environnemental

  1. Un site inscrit dans le système karstique provençal

La Baume de Fontbrégoua s’ouvre dans un contexte géologique calcaire caractéristique de la Provence karstique. La cavité domine un vallon offrant :

ressources hydriques permanentes ou saisonnières

diversité écologique favorable à la chasse

accès aux matières premières lithiques

position stratégique pour l’observation et l’occupation du territoire Ces facteurs expliquent la fréquentation prolongée du site.

  1. Données paléoenvironnementales

Les analyses palynologiques et fauniques indiquent :

une évolution vers un climat tempéré méditerranéen après le Tardiglaciaire

un paysage mêlant forêts ouvertes et milieux steppiques

une faune diversifiée exploitée par les groupes humains

Ces conditions favorisent l’implantation des premières économies agro-pastorales.

II. Historique des recherches et méthodologie

  1. Découverte et programmes de fouilles

La grotte est découverte en 1948 par André Taxil. Les fouilles systématiques menées par Jean Courtin (CNRS) entre les années 1960 et 1990 s’appuient sur des méthodes stratigraphiques rigoureuses et une approche pluridisciplinaire intégrant :

typologie lithique

analyse taphonomique

archéozoologie

anthropologie biologique

géoarchéologie

  1. Importance de la stratigraphie

La séquence stratigraphique, particulièrement épaisse, permet de distinguer plusieurs phases d’occupation couvrant plusieurs millénaires. Elle constitue une archive exceptionnelle pour l’étude diachronique des transformations culturelles.

III. Les occupations préhistoriques et la transition néolithique

  1. Occupations du Paléolithique final

Les niveaux anciens témoignent d’occupations de chasseurs-cueilleurs caractérisées par :

industrie lithique laminaire

exploitation de la faune sauvage

occupations temporaires

Ces vestiges traduisent des stratégies de mobilité et une économie de prédation.

  1. Néolithique ancien : émergence de l’économie de production

Les niveaux néolithiques montrent :

domestication des ovicapridés et bovins

apparition de la céramique

développement d’outils polis

transformation des modes de subsistance

Ces données témoignent de l’introduction progressive des innovations néolithiques en Provence.

  1. Organisation spatiale et occupation du site

L’analyse spatiale des vestiges révèle :

structures de combustion

zones spécialisées d’activités

gestion des déchets domestiques

occupation relativement structurée de l’espace

Ces éléments suggèrent une sédentarisation partielle et une organisation sociale plus complexe.

IV. Assemblages matériels et économie de subsistance

  1. Industrie lithique et réseaux d’échanges

Les outils en silex et en pierre polie témoignent :

d’une maîtrise technique avancée

de traditions culturelles spécifiques

de possibles circulations de matières premières

  1. Céramique et culture matérielle

La production céramique indique :

stockage et transformation alimentaire

pratiques culinaires nouvelles

identités culturelles régionales

  1. Archéozoologie et économie mixte

L’étude des restes fauniques montre une économie combinant :

élevage d’animaux domestiques

chasse complémentaire

gestion différenciée des ressources

Ce système illustre une phase de transition économique.

V. Pratiques funéraires et comportements symboliques : le débat sur l’anthropophagie

L’un des aspects les plus controversés du site concerne certains restes humains présentant :

traces de découpe

fragmentation osseuse intentionnelle

traitement analogue aux restes animaux

Jean Courtin et ses collaborateurs ont proposé l’hypothèse d’un cannibalisme néolithique, possiblement rituel. Cette interprétation demeure discutée :

certains chercheurs privilégient des pratiques funéraires complexes

d’autres invoquent des processus taphonomiques non intentionnels

Ce débat souligne la difficulté d’interpréter les comportements symboliques à partir des seules données archéologiques.

VI. Apports scientifiques et portée théorique

La Baume de Fontbrégoua constitue un site clé pour :

l’étude des modalités de diffusion du Néolithique en Méditerranée occidentale

la compréhension des transformations économiques et sociales

l’analyse des pratiques rituelles préhistoriques

l’étude des interactions entre populations locales et innovations culturelles

Le site contribue ainsi aux débats sur les modèles de néolithisation (diffusion démique, acculturation, hybridation culturelle).

Conclusion

La Baume de Fontbrégoua représente un observatoire exceptionnel des transformations qui marquent l’émergence des sociétés néolithiques en Europe occidentale. Grâce à sa stratigraphie remarquable et à la richesse de ses assemblages, elle permet d’analyser la transition entre sociétés de chasseurs-cueilleurs et communautés agro-pastorales, ainsi que les dimensions économiques, sociales et symboliques de ces mutations. Les débats qu’elle suscite — notamment sur les pratiques rituelles — témoignent de son importance dans la recherche archéologique contemporaine.

Bibliographie

Ouvrages et articles scientifiques

Courtin, J. (1974). Le Néolithique de la Provence. Paris : CNRS.

Courtin, J. (1986). « La Baume Fontbrégoua à Salernes (Var) : stratigraphie et occupations néolithiques ». Gallia Préhistoire.

Courtin, J., Villa, P. (1982). « Cannibalism in the Neolithic of southern France ». Science, 215, p. 1219-1221.

Villa, P., Courtin, J., Helmer, D., et al. (1986). « Un cas de cannibalisme au Néolithique : Fontbrégoua ». Bulletin de la Société préhistorique française.

Binder, D. (1991). « Facteurs de variabilité des assemblages néolithiques en Provence ».

Gallia Préhistoire.

Guilaine, J. (2003). De la vague à la tombe : la conquête néolithique de la Méditerranée. Paris : Seuil.

Vaquer, J. (dir.) (1998). Le Néolithique du sud de la France. Paris : CTHS.

Cadres théoriques sur la néolithisation

Guilaine, J. (2001). La diffusion de l’agriculture en Europe.

Demoule, J.-P. (2007). La révolution néolithique

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